Une capsule temporelle scellée jusqu’en 2045. 4,1 milliards d’euros investis. 50 GWh de capacité annuelle. A Saragosse, Stellantis et le géant chinois CATL lancent officiellement le chantier de ce qui deviendra la plus grande usine de batteries d’Espagne. Objectif : rendre la mobilité électrique accessible… et réduire la dépendance européenne aux importations asiatiques.
Contemporary Star Energy : un projet industriel de long terme
La coentreprise Contemporary Star Energy, fondée par Stellantis et CATL en juillet dernier suite à un accord stratégique conclu en 2023, vient de poser la première pierre de sa gigafactory à Figueruelas, près de Saragosse. Lors de la cérémonie, les partenaires ont scellé une capsule contenant témoignages et objets symboliques. Elle ne sera ouverte qu’en 2045, inscrivant cette initiative dans le temps long.
« Aujourd’hui, nous n’inaugurons pas simplement une gigafactory, nous envoyons un message au futur : notre engagement pour l’innovation, la durabilité et la création de valeur partagée », déclare Andy Wu, CEO de Contemporary Star Energy.
L’usine affiche une ambition claire : atteindre 50 gigawattheures de capacité annuelle, de quoi alimenter environ 700 000 véhicules électriques. La production de batteries lithium-fer-phosphate (LFP) démarrera fin 2026, avec une montée en cadence progressive.
La technologie Cell-to-Body au cœur de l’innovation
Le projet intègre des avancées majeures comme le design Cell-to-Body, qui consiste à intégrer directement les cellules dans la structure du véhicule, sans modules intermédiaires. Cette innovation optimise masse, volume et sécurité, tout en réduisant les coûts. Elle équipera déjà des modèles Stellantis comme la Citroën e-C3, la Fiat Grande Panda électrique et l’Opel Frontera.
La production reposera à plus de 80 % sur des énergies renouvelables et adoptera les standards de l’industrie 4.0 : fabrication automatisée, connectée, neutre en carbone.
Un levier économique pour l’Aragon… et des interrogations
Avec un investissement de 4,1 milliards d’euros, la gigafactory promet plus de 4 000 emplois directs et des milliers d’emplois indirects dans l’écosystème local. Le ministre espagnol de l’Industrie, Jordi Hereu, qualifie cette pose de première pierre d' »étape stratégique » pour la transition énergétique et la modernisation industrielle de l’Espagne.
Mais des critiques émergent. Des médias ont suggéré que jusqu’à 2 000 travailleurs chinois pourraient être mobilisés sur le chantier, remplaçant potentiellement des employés locaux. Andy Wu refuse de confirmer ces chiffres, expliquant que les nombres définitifs ne sont pas encore arrêtés.

L’Espagne, terre d’accueil des investissements chinois
L’Espagne s’est montrée relativement ouverte aux investissements chinois, comparée à d’autres pays européens. Le royaume produisait plus de la moitié de son électricité à partir de sources renouvelables l’an dernier, et bénéficie de coûts énergétiques environ 20 % inférieurs à la moyenne européenne. L’usine de Saragosse est soutenue par 300 millions d’euros de fonds de l’UE.
L’Europe face au géant CATL : indépendance ou nouvelle dépendance ?
CATL est le premier fabricant mondial de batteries pour véhicules électriques, fournissant Tesla, BMW et Volkswagen. L’entreprise produit déjà à Erfurt (Allemagne) depuis 2022 et lance une usine à Debrecen (Hongrie). CATL exerce aussi une influence considérable sur la chaîne d’approvisionnement mondiale via d’importants investissements miniers dans le lithium, le nickel et le cobalt, en Chine, Indonésie et Bolivie.
L’ironie ? L’Europe veut réduire sa dépendance aux importations asiatiques… en s’associant avec le leader chinois du secteur. Le projet de Saragosse s’inscrit dans une volonté européenne de constituer un pôle d’innovation compétitif, mais la question du transfert technologique demeure. Comme l’admet le ministre Hereu : « Nous devons apprendre de ceux qui savent le faire ».




