Le Scorpion fait machine arrière. Après un pari 100% électrique qui vire au fiasco commercial, Abarth envisage sérieusement de ressusciter le moteur thermique. Une volte-face stratégique qui pourrait sauver la marque italienne d’une disparition programmée.
Un naufrage commercial sans précédent
Les chiffres sont impitoyables. Seulement 1 030 Abarth ont été immatriculées en Europe sur les six premiers mois de 2025, contre 4 867 à la même période en 2024. Une chute vertigineuse de près de 80% qui fait mal. Là où la marque écoulait encore près de 10 000 voitures en 2024, elle peine à franchir les 2 000 unités en 2025.
La 500e affichée à 36 900 € et la 600e à 44 900 € ne trouvent pas preneur. Trop chères, trop sages, trop… électriques. Le problème ? Ces modèles ont rompu avec l’ADN même d’Abarth : la possibilité de modifier, bricoler, personnaliser son engin.
« Les clients veulent mettre les mains dans le cambouis »
Gaetano Thorel, patron européen de la marque, reconnaît : « Le client Abarth veut un moteur thermique, non seulement pour la puissance, mais parce qu’il achète la voiture pour ensuite la modifier de ses propres mains ». Sur l’électrique, impossible de jouer avec le calage de l’injection, d’installer un échappement Akrapovic qui rugit, ou de reprogrammer le calculateur.
Les clubs Abarth ne décolèrent pas. Ces passionnés qui faisaient vivre la communauté désertent en masse. Le simulateur sonore des versions électriques ? Un gadget qui ne trompe personne.
La Fiat 500 Hybrid, planche de salut inattendue
Le lancement de la nouvelle Fiat 500 Hybrid change la donne. Cette version thermique, équipée d’un modeste trois-cylindres 1.0 de 65 chevaux avec micro-hybridation, offre une base technique exploitable. Mais l’équation est complexe : le compartiment moteur de la citadine italienne est si compact qu’il est difficile d’y intégrer un moteur plus gros comme l’ancien 1.4 turbo.
Les ingénieurs planchent sur plusieurs pistes. Le 1.2 turbo de 156 chevaux du groupe Stellantis, déjà utilisé dans la compétition notamment dans la Lancia Ypsilon HF engagée en Rally4 où il développe 212 chevaux, fait figure de favori. Une hybridation légère pourrait compléter le dispositif pour satisfaire les normes Euro 7.
Le défi technique qui pourrait tout changer
Adapter un vrai moteur sportif dans l’espace réduit de la 500e transformée relève du casse-tête. La plateforme a été pensée pour un moteur électrique compact. Refroidissement, système d’échappement, boîte de vitesses : tout doit être repensé. « Nous y travaillons », confirme Thorel. Un aveu qui prouve que le dossier est sérieux.
La survie d’une icône en jeu
Au-delà des considérations techniques, c’est l’existence même d’Abarth qui est en question. Alors qu’elle connaissait encore près de 10 000 immatriculations en 2024 (elle dépassait même les 20 000 unités de 2017 à 2019), l’année 2025 s’annonce catastrophique. Dans un groupe Stellantis qui rationalise ses marques, le Scorpion figure parmi les plus fragiles.
Cette marche arrière vers le thermique n’est pas un aveu de faiblesse, mais une écoute tardive du marché. Les amateurs de sportives accessibles ne sont pas prêts à abandonner le son envoûtant d’un échappement Record Monza, les sensations brutes d’une propulsion nerveuse, et surtout cette liberté de personnalisation qui fait l’essence même d’Abarth.
Le pari est risqué mais nécessaire. Si les ingénieurs parviennent à glisser un vrai tempérament sportif sous le capot des futures citadines, le Scorpion pourrait piquer à nouveau. Rendez-vous en 2026 pour savoir si cette renaissance thermique redeviendra réalité… ou restera un rêve de passionné.





