L’Europe a tranché pour 2035, mais le verdict est-il sans appel ? Alors que l’industrie automobile marche au pas de charge vers le tout-électrique, BMW ose un pas de côté. Le constructeur bavarois l’affirme : enterrer le moteur thermique trop vite serait une erreur écologique et stratégique majeure.
La vérité qui dérange : le thermique est devenu « propre »
C’est un discours qui tranche avec le politiquement correct ambiant. Alors que Bruxelles impose une marche forcée vers l’électrification totale, BMW appelle au réalisme. Loin de nier l’urgence climatique, le constructeur allemand, par la voix de Vincent Salimon, président du directoire de BMW France, remet les pendules à l’heure : le moteur à combustion d’aujourd’hui n’a plus rien à voir avec celui d’hier.
Le dirigeant avance un argument massue : « Un moteur thermique actuel émet 25 % de CO2 de moins qu’un moteur d’il y a dix ans. » Cette donnée change la perspective. Remplacer sa vieille voiture par une BMW essence ou diesel neuve (Euro 6d ou Euro 7 à venir) constitue, de fait, un effort immédiat pour la planète. Pour la marque à l’hélice, l’ennemi n’est pas le moteur à explosion en soi, mais les vieux véhicules polluants.
Le plaidoyer pour la neutralité technologique
BMW défend ici un principe cher aux ingénieurs : la neutralité technologique. Plutôt que d’imposer une solution unique (la batterie), l’Europe devrait fixer des objectifs de réduction de carbone et laisser les industriels trouver les meilleurs moyens d’y parvenir. L’assouplissement récent du calendrier européen est perçu par Munich non comme un recul, mais comme une victoire du bon sens industriel.
Le casse-tête des flottes d’entreprises
Si le débat semble théorique pour le grand public, il est critique pour les professionnels. C’est ici que le bât blesse. Le marché des flottes d’entreprises représente environ 50 % des immatriculations en France, et grimpe même à 60 % chez BMW. Or, la législation pousse ces parcs vers le 100 % électrique, créant une distorsion entre la loi et l’usage réel.

Les « gros rouleurs » dans l’impasse ?
Vincent Salimon pointe une incohérence majeure : les véhicules de fonction sont souvent attribués aux collaborateurs qui parcourent le plus de kilomètres. Exiger d’eux qu’ils passent au tout-électrique, alors que l’autonomie et le réseau de recharge restent des contraintes sur les longs trajets autoroutiers, est contre-productif. BMW demande donc la réouverture du dossier pour les entreprises, afin de ne pas paralyser ceux qui font tourner l’économie au quotidien.
Vers une cohabitation intelligente
BMW ne joue pas contre l’électrique, la marque investit des milliards d’euros dans sa gamme « i ». Cependant, elle refuse le dogmatisme. L’avenir selon BMW n’est pas binaire, mais pluriel : des électriques pour les trajets urbains et pendulaires, et des thermiques ultra-efficients pour les grands voyageurs.
En conservant une offre thermique performante après 2035 (via les carburants synthétiques ou des hybridations poussées), le constructeur entend répondre aux besoins réels des clients, sans sacrifier la performance ni l’écologie.
La position de BMW est claire : la transition écologique ne doit pas se faire au détriment de la mobilité. En valorisant les progrès spectaculaires des moteurs thermiques, la marque offre une alternative crédible au « tout-électrique » imposé. Reste à savoir si Bruxelles entendra cet appel au pragmatisme.




