La Ferrari Luce était attendue comme un événement historique. Elle est devenue une polémique mondiale en moins de 48 heures. Et c’est celui qui connaît le mieux la marque au Cheval cabré qui a allumé la mèche.
Luca di Montezemolo s’exprime
Luca di Montezemolo n’est pas un observateur ordinaire. Ancien assistant d’Enzo Ferrari, président de la marque de 1991 à 2014, il est l’un des architectes du retour en gloire de la Scuderia aux côtés de Jean Todt, Ross Brawn et Michael Schumacher. Autant dire que quand il parle, Maranello écoute.
Invité à commenter la première Ferrari 100 % électrique, présentée le 25 mai et affichée à 550 000 euros, il n’a pas mâché ses mots : « Si je disais ce que je pense vraiment, je nuirais à Ferrari. Nous risquons la destruction d’un mythe. J’en suis très désolé. J’espère au moins qu’ils enlèvent le Cheval cabré de cette voiture. »
Une déclaration à la fois retenue et explosive. Retenue, parce qu’il choisit de ne pas tout dire. Explosive, parce que ce qu’il dit suffit.
Un design qui rompt avec tout
La Luce est une berline quatre portes, cinq places, développée avec le collectif de design LoveFrom, dirigé par l’ancien designer en chef d’Apple, Sir Jony Ive. Elle embarque quatre moteurs électriques, une batterie de 122 kWh, et abat le 0 à 100 km/h en 2,5 secondes pour une puissance de 1 050 ch. Impressionnant sur le papier. Mais pour les tifosi, les chiffres ne suffisent pas à faire une Ferrari.
Briatore, la Bourse, les politiques : le rejet est général
Montezemolo n’est pas seul. Flavio Briatore, patron d’Alpine et figure incontournable de la F1, a lui aussi tranché, avec son ironie habituelle : « Tout le monde me demande des nouvelles de la nouvelle Ferrari. Elle a un grand avantage : les Chinois ne la copieront pas. »
Du côté politique, Carlo Calenda, membre du Sénat italien, a qualifié la Ferrari Luce d' »insulte esthétique et technologique à quiconque aime Ferrari ».
La Bourse sanctionne sans appel
Les marchés financiers ont réagi immédiatement et violemment : l’action Ferrari a chuté de plus de 6 %. L’action avait déjà plongé en octobre 2025, lors de la présentation des premiers détails du modèle, les analystes jugeant la marque « pas assez ambitieuse » dans ses objectifs de ventes. Deux avertissements. Une seule direction.
Ferrari joue son identité sur une seule carte
Pour les critiques, le problème n’est pas simplement que Ferrari a lancé un véhicule électrique. C’est que le design et le concept risquent de diluer une identité construite autour du son, des moteurs et de l’héritage de la compétition.
Montezemolo lui-même a précisé : « Je pense que, pour l’instant, on aurait pu se passer de la Ferrari électrique. Peut-être que l’expérience de Porsche mérite réflexion. »
Ferrari parie gros. Le mythe, lui, n’a pas droit à l’erreur.




