La Suisse vient de tourner une page vieille de 71 ans. Depuis le drame des 24 Heures du Mans en 1955, aucune roue ne pouvait légalement tourner en compétition sur un circuit helvétique. C’est désormais terminé. Et pourtant, la vraie question reste entière.
Une interdiction née d’un traumatisme mondial
Tout part de la catastrophe des 24 Heures du Mans de 1955. La Mercedes de Pierre Levegh s’était désintégrée après un accident, projetant des débris dans le public et causant la mort de plus de 80 personnes. Un choc planétaire. Plusieurs pays suspendent alors leurs compétitions. Tous reprennent rapidement. Sauf un. La Suisse inscrit l’interdiction directement dans sa législation, à l’article 52 de la loi fédérale sur la circulation routière. Une loi adoptée en 1956, qui traversa les décennies sans jamais être remise en question.
Le long chemin vers la liberté
Le premier grand pas avait été franchi lors de la modification du 17 mars 2023 de la loi fédérale sur la circulation routière par le Conseil national et le Conseil des États. La décision finale a été annoncée lors de la séance gouvernementale du 6 mai 2026, parachevant ce processus et mettant officiellement fin à plus de sept décennies d’interdiction. Comme le souligna le conseiller national Christian Wasserfallen, artisan de cette réforme : «De nos jours, la sécurité ne saurait plus être invoquée pour justifier une telle prohibition, car nulle part le sport automobile n’est plus sûr pour les participants et les spectateurs que sur les circuits.»
Juillet 2026 : le retour officiel, mais sous conditions strictes
À compter du 1er juillet 2026, les courses automobiles sur circuit redeviennent légalement possibles en Suisse. Les cantons, qui délivreront les autorisations, veilleront à ce que les événements respectent les normes de sécurité et les exigences de protection de l’environnement. Ce n’est donc pas un feu vert total. Chaque canton reste maître chez lui. Bruit, impact écologique, sécurité des spectateurs : tout sera scruté.
Le paradoxe suisse : courses de côte oui, circuit non (jusqu’ici)
Le pays n’était pourtant pas une désert de compétition. Les courses de côte y étaient autorisées depuis longtemps, car elles relèvent des autorités cantonales. La Suisse avait également accueilli des compétitions de Formule E depuis 2016, notamment à Zurich et à Berne, qui constituaient les seules exceptions à la règle. Des monoplaces électriques, silencieuses, acceptables. Des V8 rugissants, non.
Un avenir prometteur, mais des circuits à inventer
Aucun grand circuit permanent homologué pour accueillir des compétitions internationales majeures n’existe encore en Suisse. Le légendaire circuit de Bremgarten, qui accueillit autrefois le GP de Formule 1, est aujourd’hui inutilisé. Construire une nouvelle infrastructure de niveau international paraît quasi impossible dans un pays contraint par ses montagnes, son immobilier et ses normes environnementales. Pour les pilotes locaux, cette décision signifie désormais la possibilité de concourir sur leur sol sans devoir s’exiler à l’étranger.
La Suisse a levé son interdit historique. Elle n’a pas encore résolu l’équation qui suit.




