Imaginez : vous possédez une McLaren à plus de 700 ch. Mais impossible d’activer le mode Track. Votre GPS vous en empêche. C’est le scénario qui pourrait devenir réalité avec le nouveau brevet déposé par le constructeur britannique aux États-Unis. Une révolution qui divise déjà les passionnés.
Un brevet GPS qui verrouille le mode Track hors des circuits
McLaren vient de déposer auprès de l’Office américain des brevets (USPTO) un système révolutionnaire, et controversé. Le principe : utiliser la géolocalisation pour verrouiller automatiquement les modes de conduite les plus extrêmes tant que la voiture ne se trouve pas sur un circuit homologué.
Concrètement, les modes Comfort et Sport resteraient accessibles partout. Mais le mode Track, celui qui désactive les aides électroniques et libère la puissance totale ? Réservé aux pistes fermées. Le GPS vérifie en temps réel la position du véhicule. S’il ne reconnaît pas un tracé autorisé, impossible d’exploiter les 700 à 800 ch à fond. Le document justifie cette limitation par des raisons de sécurité : la suspension ultra-rabaissée du mode piste « pourrait ne pas respecter les normes de sécurité pour une utilisation sur route ouverte ».
Comment le système identifie les circuits autorisés
Le brevet ne se limite pas aux grands circuits permanents comme Spa ou Silverstone. Il prévoit aussi la reconnaissance de tracés temporaires, festivals comme Goodwood, parkings transformés en autocross. L’astuce ? Le GPS détecte si la voiture passe plusieurs fois par les mêmes points GPS, signalant un usage en boucle fermée. Mais cela nécessite une mise à jour de la base de données McLaren. Résultat : délais, connexion internet obligatoire, et frustration potentielle.
Entre sécurité routière et liberté du conducteur : un débat explosif
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : environ 40 000 décès sur les routes américaines chaque année selon la National Highway Traffic Safety Administration. Face à cette hécatombe, McLaren anticipe peut-être de futures réglementations interdisant purement les modes extrêmes sur les voitures de série. Ce brevet GPS pourrait constituer un compromis pour sauver le mode Track tout en rassurant les autorités.
Mais la pilule passe mal. Les propriétaires de supercars paient plusieurs centaines de milliers d’euros pour disposer d’une machine de guerre. L’idée qu’un satellite décide à leur place quand ils peuvent exploiter leur voiture fait grincer des dents. D’autant que plusieurs zones grises subsistent : rallyes sur routes fermées, événements ponctuels non enregistrés, mauvaise couverture réseau sur certains circuits isolés.
Vie privée et dépendance technologique : les nouveaux risques
Au-delà de la liberté, la question de la collecte de données de géolocalisation inquiète. Où roule le propriétaire ? À quelle vitesse ? McLaren pourrait-elle transmettre ces informations aux assureurs, voire aux autorités ? Le brevet ne l’évoque pas, mais l’ère de la transparence totale effraie. Sans oublier la dépendance totale au GPS et à la connexion internet : une panne réseau, et adieu le mode piste, même sur un circuit légal.

La fin de la conduite sportive libre ou un mal nécessaire ?
Ce brevet marque un tournant. McLaren prend les devants face à des législations qui pourraient tout bonnement interdire les modes extrêmes sur route. Plutôt qu’attendre une loi radicale, le constructeur de Woking propose une solution technique. Mais à quel prix ?
Les puristes y voient une trahison : la supercar, symbole ultime de liberté et de performance, devient une machine contrôlée à distance. Les pragmatiques saluent une initiative qui pourrait sauver l’industrie des voitures ultra-performantes. Une chose est sûre : si ce système se généralise, l’époque où l’on pouvait libérer 700 ch d’un coup d’accélérateur sur une route déserte est peut-être révolue.




