Le premier constructeur automobile d’Europe vient de publier ses pires résultats depuis dix ans. Derrière les chiffres, une réalité bien plus brutale que les communiqués officiels. Et une filiale inattendue au cœur du désastre.
Des profits divisés par deux : la crise qui fait trembler Wolfsburg
En 2025, le bénéfice net du groupe Volkswagen a reculé de 44 %, tombant à 6,9 milliards d’euros, contre 12,4 milliards l’année précédente. Un niveau historiquement bas, comparable aux heures noires du Dieselgate en 2016. Le résultat opérationnel, lui, a dégringolé de près de 53 %, à 8,9 milliards d’euros, soit à peine 2,8 % des ventes contre 5,9 % en 2024.
Pourtant, le groupe reste solide côté activité commerciale. Près de neuf millions de véhicules livrés dans le monde, un chiffre d’affaires de 322 milliards d’euros en très légère baisse de 0,8 %. La machine tourne. Mais elle ne rapporte plus.
Trois bombes à retardement dans les comptes
Le groupe a subi 9 milliards d’euros de charges exceptionnelles : 5 milliards liés au changement de stratégie électrique de Porsche, 3 milliards dus aux droits de douane américains, et 1 milliard consacré à la restructuration interne. À cela s’ajoutent des reculs commerciaux marqués sur deux marchés clés : les ventes ont chuté de 12 % en Amérique du Nord et de 6 % en Chine, deux marchés que la progression en Europe et en Amérique du Sud n’a pas suffi à compenser.
Porsche, l’ex-machine à cash, désormais au bord du zéro
C’est le choc dans le choc. La filiale Porsche, habituellement associée à des marges à deux chiffres, a vu son résultat opérationnel fondre de plus de 5 milliards d’euros à seulement 90 millions d’euros en 2025, soit une chute de 98 %. Sa marge est passée de 14,5 % à 0,3 %.
Le revirement de stratégie sur le tout-électrique, combiné à des dépréciations massives d’actifs, a tout emporté. Le directeur financier du groupe, Arno Antlitz, n’a pas mâché ses mots : à long terme, ces niveaux de rentabilité ne sont pas viables.
Les droits de douane Trump : l’accélérateur de crise
Sans les effets des tarifs douaniers américains imposés par Donald Trump, la marge opérationnelle du groupe aurait atteint 5,5 % au lieu des 4,6 % affichés. Un point de pourcentage qui, sur 322 milliards d’euros de chiffre d’affaires, représente des milliards envolés.
50 000 emplois supprimés : un plan social inédit, mais encadré
Face à l’ampleur de la crise, Volkswagen accélère sa cure d’austérité. D’ici 2030, le groupe vise la suppression de 50 000 postes en Allemagne, touchant la marque VW, Audi, Porsche et la filiale logicielle Cariad. L’objectif est d’atteindre plus de 6 milliards d’euros d’économies annuelles.
Rassurant sur la forme : les syndicats ont négocié dur. L’accord avec IG Metall garantit l’absence de licenciements secs jusqu’en 2030. Les suppressions passeront par les départs à la retraite et le non-renouvellement de contrats.
Volkswagen revendique malgré tout une part de marché supérieure à 25 % sur le segment électrique en Europe et table sur une reprise progressive en 2026. Le pari reste risqué. Wolfsburg joue sa réputation sur la prochaine décennie. Suivez l’évolution de ce dossier pour ne rien manquer de la transformation du géant allemand.




