Toyota reste le constructeur automobile le plus puissant de la planète. Pourtant, derrière les chiffres en apparence rassurants, une tempête se lève. Et cette fois, même le colosse nippon ne sait pas comment elle va finir.
Des profits records… mais en chute libre
Le géant japonais a enregistré un bénéfice net de 20,9 milliards d’euros pour son exercice annuel achevé fin mars 2026, en recul de 19,2 % sur un an. Un résultat qui fait pâlir n’importe quel concurrent européen, mais qui alarme les analystes.
Les ventes mondiales ont tout de même progressé de 5,5 % sur la période. Toyota a vendu 9,6 millions de véhicules sur la planète. Volkswagen, son dauphin, reste loin derrière avec bien plus de marques au catalogue.
Alors, où est le problème ?
Le mur des droits de douane américains
Les États-Unis représentent le deuxième marché mondial de Toyota. Sur les 2,52 millions de véhicules écoulés l’an dernier outre-Atlantique, seuls 1,39 million ont été produits sur place dans les 11 usines américaines du groupe. Le reste est importé, donc taxé.
Le coût des surtaxes douanières américaines a été chiffré à 7,5 milliards d’euros sur le seul exercice 2025-2026. Pour rester compétitif, Toyota a préféré rogner ses marges plutôt que répercuter la hausse sur le client. Courageux, mais douloureux.
À noter : le RAV4, best-seller du groupe aux États-Unis, est assemblé au Canada. Pas idéal quand Washington fait la guerre commerciale à Ottawa.
Le Moyen-Orient, la menace que personne n’avait vue venir
Si les taxes américaines étaient anticipées, le choc iranien a tout changé. Toyota s’estime désormais « probablement dans l’impossibilité d’absorber l’impact supplémentaire lié au Moyen-Orient ».
La raison est structurelle. Les constructeurs automobiles japonais dépendent du Moyen-Orient pour environ 70 % de leur approvisionnement en aluminium. Résultat : flambée des matières premières, chaînes d’approvisionnement brisées, fournisseurs en détresse.
Des fournisseurs qui lâchent sans prévenir
Le signal d’alarme vient du terrain. Des petits fournisseurs annoncent soudainement leur incapacité à livrer des pièces sous deux semaines, rendant toute prévision extrêmement difficile, selon le président de Toyota Industries. La production de véhicules Toyota au Japon a déjà reculé de 3,3 % en mars.
2027 s’annonce encore plus sombre
Pour l’exercice 2026-2027, Toyota anticipe un nouveau plongeon de 22 % de son résultat net, avec des ventes quasi stables à +0,6 %.
Le retard dans l’électrique pèse aussi. Toyota mise depuis toujours sur l’hybride, et les Américains adorent ça. Mais en cas de hausse durable des prix du carburant liée au conflit, ce sont les voitures 100 % électriques qui bénéficieront de l’effet d’aubaine. Un terrain sur lequel Toyota reste encore en retrait.
Le géant restera numéro un. Mais un numéro un qui va devoir se réinventer.




