Ferrari entre dans l’ère électrique, mais pas n’importe comment. Alors que la Luce, première supercar 100 % électrique du Cheval cabré, se dévoile progressivement, le patron Benedetto Vigna annonce une rupture : aucun client ne sera contraint d’acheter un modèle électrique pour accéder aux éditions spéciales les plus rares. Une décision qui tranche avec les pratiques du marché du luxe automobile.
Une stratégie anti-contrainte assumée par Maranello
« Nous ne forcerons jamais un client à acheter une voiture électrique pour obtenir une 849 Testarossa ou tout autre modèle exclusif, » martèle Benedetto Vigna lors de la présentation des résultats du quatrième trimestre 2025. Cette déclaration fracassante répond directement aux critiques visant certains constructeurs premium qui conditionnent l’accès à leurs séries limitées à l’achat préalable d’un modèle électrique. Ferrari fait le pari inverse : celui du respect des préférences clients. « Forcer les gens à acheter quelque chose qu’ils n’aiment pas serait la plus grosse erreur, » insiste le CEO italien.
Cette approche s’inscrit dans la philosophie « Festina lente » (hâte-toi lentement) de la marque : gérer la rareté sans brusquer la clientèle. Avec un carnet de commandes déjà plein jusqu’à fin 2027 et des retours « très positifs » sur la Luce avant même l’ouverture des précommandes en mars 2026, Ferrari ne ressent aucune urgence à imposer l’électrique.
La Luce : un monstre technologique à 500 000 € minimum
Baptisée Luce (lumière en italien), cette GT électrique quatre places sera dévoilée le 25 mai 2026 à Rome, clin d’œil à la première victoire Ferrari le 25 mai 1947. Avec quatre moteurs électriques développant plus de 1 000 chevaux, une batterie de 122 kWh et un 0 à 100 km/h en 2,5 secondes, la Luce vise l’excellence technique. Son habitacle, conçu avec LoveFrom (studio de Jony Ive, ancien designer d’Apple), mêle écrans tactiles et commandes physiques inspirées des Ferrari années 50-60. Prix estimé : entre 500 000 € et 700 000 €, ce qui en ferait la voiture électrique familiale la plus chère du monde.
Un plan industriel qui préserve le thermique
Ferrari révise sa trajectoire électrique. Dans son plan 2030 actualisé, la marque vise désormais 40 % de thermiques, 40 % d’hybrides et seulement 20 % d’électriques (contre 40 % d’électriques initialement annoncés). Les V12 ont encore de beaux jours à Maranello. D’ici 2030, 20 nouveaux modèles débarqueront : Amalfi Spider, Purosangue hybride rechargeable, SP4 de la gamme Icona ultraluxe… La Luce ne représente qu’une option supplémentaire, pas une transition brutale.
Le défi de l’autonomie et du poids
Avec 530 km d’autonomie WLTP annoncés et une masse de 2,3 tonnes, la Luce ne bat pas de records. Les photos de l’instrumentation révèlent 408 km restants à 75 % de charge, suggérant une autonomie réelle proche de 500 km. Mais pour Vigna, l’essentiel est ailleurs : « C’est comme choisir entre un voilier et un bateau à moteur. Les deux sont excitants, différemment. » Ferrari assume de privilégier l’émotion et le luxe sur la surenchère technique.
L’électrique, un ajout, pas une révolution
« C’est un ajout à la gamme, pas une transition, » rappelle Benedetto Vigna. Ferrari s’adresse avec la Luce à une nouvelle clientèle : celle qui ne veut conduire que de l’électrique sans renoncer à l’expérience Ferrari. Le reste de la gamme perdure, V8 et V12 en tête. Avec 13 640 livraisons en 2025 et une marge opérationnelle de 29 %, Ferrari prouve que l’exclusivité paie. La Luce symbolise cette nouvelle ère : éclairer l’avenir sans éteindre le passé.




