L’industrie automobile française est en deuil. Louis Schweitzer, PDG emblématique de Renault de 1992 à 2005, s’est éteint le 6 novembre 2025 à l’âge de 83 ans. L’homme aux lunettes rondes laisse derrière lui un héritage automobile titanesque. Retour sur le parcours d’un capitaine d’industrie qui a façonné le Renault que nous connaissons aujourd’hui.
Le stratège qui a transformé une Régie en géant mondial
Entré chez Renault en 1986, Louis Schweitzer orchestre d’abord la privatisation du constructeur dès 1994, actée définitivement en 1996. Un tournant historique. Le « laboratoire social » de la France d’après-guerre devient une multinationale affûtée. La décision la plus controversée ? La fermeture de l’usine belge de Vilvorde en 1997, qui met 3 000 salariés au chômage. Un coup dur, mais une restructuration jugée nécessaire pour sauver l’entreprise.
L’Alliance Renault-Nissan : son chef-d’œuvre stratégique
Après l’échec du mariage avec Volvo en 1993, Schweitzer comprend qu’une alliance internationale est vitale. En 1999, il scelle le destin de Renault avec le japonais Nissan via un système révolutionnaire de participations croisées. Une vision avant-gardiste qui propulse le Losange à l’international : Asie, Amérique du Sud, Europe de l’Est. Observateur attentif du délitement de cette alliance ces dernières années, il voyait avec tristesse se défaire ce qu’il avait bâti.
Les paris gagnants : Scénic, Kangoo et le phénomène Dacia
Louis Schweitzer avait du flair. Le Scénic lancé en 1996 invente le segment des monospaces compacts, un carton absolu avant l’ère des SUV. Le Kangoo de 1997 ? Plus de 4 millions d’unités vendues dans 50 pays. Mais son coup de génie absolu reste Dacia. Contre l’avis de ses propres équipes, il impose la commercialisation de la Logan low-cost au-delà de la Roumanie. Un modèle à 5 000 € jugé « pas sexy » mais terriblement pragmatique. Résultat ? Dacia devient aujourd’hui un pilier financier indispensable du groupe Renault.
Les échecs du haut de gamme
Même les visionnaires se trompent. La Vel Satis et l’Avantime restent des échecs commerciaux cuisants. Pire encore pour les puristes : c’est sous son mandat qu’Alpine produit son dernier modèle, l’A610, en 1995. Le réveil de la marque sportive attendra 2017.
L’héritage d’un humaniste au-delà de l’automobile
Petit-neveu du prix Nobel de la paix Albert Schweitzer et cousin de Jean-Paul Sartre, Louis Schweitzer incarnait l’alliance rare entre industrie et humanisme. Président de la HALDE de 2005 à 2010, il s’est battu contre les discriminations avec la même détermination qu’il dirigeait Renault. À la tête de la Fondation Droit Animal de 2012 à 2025, il a œuvré pour faire reconnaître les droits des animaux comme enjeu éthique majeur
Louis Schweitzer restera comme le dirigeant qui a fait entrer Renault dans le XXIe siècle. Privatisation, mondialisation, innovation produit : son empreinte est indélébile. L’industrie automobile française perd un géant.





