Le mythe a une fissure. Aston Martin, symbole absolu du luxe automobile britannique, vient d’annoncer la suppression de 600 postes, soit 20 % de ses effectifs mondiaux. Derrière l’élégance des carrosseries, une réalité financière brutale refait surface.
Des chiffres qui font mal : 2025, l’année noire
La perte nette du groupe grimpe à 566 millions d’euros pour 2025, en hausse de 52 % sur un an. Le chiffre d’affaires recule de 21 %, tandis que les volumes de ventes chutent de 10 %, à seulement 5 448 véhicules livrés dans le monde. Pour une marque qui joue sur l’exclusivité, chaque voiture compte double.
Le directeur général Adrian Hallmark pointe directement les droits de douane américains et la demande atone en Chine. Les exportations vers les États-Unis ont même été temporairement suspendues au printemps, dans l’attente d’un accord commercial entre Londres et Washington. Un accord finalement conclu, mais encadré par un quota de 100 000 véhicules par an pour l’ensemble des constructeurs britanniques. Une victoire en demi-teinte.
600 emplois, et 40 millions d’économies visés
Le plan de restructuration vise à générer environ 40 millions de livres d’économies annualisées, avec des coûts de transformation estimés à 15 millions de livres supplémentaires. Les départs seraient effectifs d’ici avril selon les médias britanniques. Ce n’est pas une première : en 2025, la marque avait déjà supprimé 5 % de ses effectifs. Cette fois, le tournant est radical.
Une fragilité bien plus ancienne que Trump
Ne nous y trompons pas. Les droits de douane ont aggravé la situation, mais les analystes le confirment : en regardant sous le capot, on découvre des problèmes internes qui compliquent le redressement depuis plusieurs années. Depuis son introduction en Bourse en 2018, Aston Martin enchaîne les plans d’économies et les levées de fonds d’urgence. La dette atteint désormais 1,38 milliard de livres.
La Formule 1 vendue, l’électrique repoussé
Pour renflouer ses caisses, la marque a cédé les droits d’utilisation de son nom à son écurie de Formule 1 pour 50 millions de livres. Elle a aussi repoussé le lancement de sa première voiture 100 % électrique, faute de demande suffisante. Et son plan d’investissement sur cinq ans a été réduit de 2 à 1,7 milliard de livres. Quand une icône vend son âme pour survivre, le signal est clair.
Le luxe, dernier refuge ? Pas pour tout le monde
La comparaison avec Ferrari est cruelle mais éclairante. Le constructeur de Maranello affiche un chiffre d’affaires de plus de 7,1 milliards d’euros et une marge opérationnelle proche de 29,5 %. Il a même versé une prime pouvant atteindre 14 900 € à ses 5 000 salariés italiens (on en parle ici). Même segment, tout autre destin.
Le luxe protège, jusqu’à un certain seuil. En dessous de celui-ci, les investissements dans l’électrification, la conformité CO2 et les nouveaux modèles deviennent insurmontables. Aston Martin en fait la démonstration douloureuse.
La marque mise sur un rebond en 2026. Ses nouveaux modèles, DB12 S, Vantage Roadster, Vanquish Volante, sont séduisants. Mais suffira-t-il de belles voitures pour effacer les déficits ?




