Le luxe a ses propres règles. Et manifestement, ses clients aussi. En ce printemps 2026, deux des marques automobiles les plus prestigieuses au monde font volte-face sur leur promesse électrique. Un aveu rare, révélateur, et lourd de sens pour toute l’industrie.
Rolls-Royce enterre son horizon 2030 et redonne vie au V12
L’ancien PDG Torsten Müller-Ötvös avait fixé l’objectif de ne vendre que des voitures 100 % électriques à partir de 2030, réaffirmé lors du lancement de la Spectre en 2022, avec une part électrique attendue à 70 % des ventes dès 2028. Depuis, tout a changé.
Le nouveau directeur général Chris Brownridge, arrivé en décembre 2023, a officiellement abandonné cet objectif. Son explication est directe : « Pour chaque client qui adore un véhicule électrique, il y en a un qui n’en veut pas. »
Des chiffres qui parlent d’eux-mêmes
Le marché a tranché. Les livraisons de la Spectre, unique modèle électrique de la marque, se sont effondrées à 1 002 unités en 2025, contre 1 890 en 2024, soit une chute de 47 %. La part de l’électrique dans les ventes totales est retombée à 17,7 %, contre 33 % l’année précédente. L’effet de nouveauté du lancement ne suffit plus.
Chez Rolls-Royce, on confirme que le V12 fait partie de l’histoire de la marque, et que certains clients le réclament toujours. Impossible de l’ignorer quand on construit chaque voiture sur commande.
Bentley restructure, taille dans ses effectifs et revoit ses ambitions
Chez Bentley, le virage est encore plus brutal. La marque de Crewe supprime jusqu’à 275 postes, soit environ 6 % de ses 4 600 salariés, concentrés dans les fonctions commerciales et administratives. Les chiffres 2025 sont parlants : 10 131 voitures livrées, soit 4,8 % de moins qu’en 2024, et un bénéfice opérationnel en chute de 373 à 216 millions d’euros.
De cinq modèles électriques à un seul
Bentley prévoyait initialement cinq modèles 100 % électriques d’ici 2030. Il n’en reste plus qu’un seul : un SUV urbain dont la présentation est attendue cette année, basé sur la plateforme PPE déjà utilisée par le Porsche Macan Electric, le Cayenne électrique et l’Audi Q6 e-tron. Le retard de la plateforme SSP développée au sein du groupe Volkswagen a forcé une refonte complète du plan produit.
La Chine pèse aussi dans la décision : elle ne représente plus que 19 % des ventes mondiales de Bentley, contre 23 % l’année précédente. Les droits de douane américains ont quant à eux coûté 42 millions d’euros à la marque.
Le luxe refuse désormais les trajectoires trop rigides
Rolls-Royce et Bentley ne sont pas seules dans ce retournement : Porsche et Lamborghini ont également revu ou abandonné leurs propres objectifs d’électrification totale. Un signal fort, qui dépasse largement le cas de deux marques anglaises.
Le message est clair : l’électrique n’est pas rejeté, mais il ne peut plus s’imposer par décret. Chez Bentley, les hybrides rechargeables deviennent la priorité pour les prochaines générations de modèles, y compris les successeurs du Bentayga. Chez Rolls-Royce, une gamme mixte, avec Spectre et V12 côte à côte, semble désormais assumée pour les années à venir.




