Le coup de tonnerre était attendu mais pas les aveux. Oliver Blume, PDG de Porsche depuis 2015, abandonne les clés de Stuttgart pour se concentrer uniquement sur Volkswagen jusqu’en 2030. Derrière ce départ se cache une confession rare : le constructeur allemand reconnaît avoir commis une erreur stratégique majeure qui coûte aujourd’hui des milliards.
Une chute vertigineuse : de 15% de marge à zéro bénéfice
Les chiffres font froid dans le dos. Porsche, qui affichait encore une marge opérationnelle supérieure à 15%, ne parvient désormais plus à dégager le moindre bénéfice. La marque a révisé ses prévisions en septembre à une marge allant jusqu’à 2%, un niveau même inférieur à Volkswagen. Cette dégringolade s’explique par deux tempêtes simultanées : le marché chinois du luxe s’est effondré de plus de 80%, tandis que les droits de douane américains plombent l’autre moitié des ventes.
Le Macan, l’erreur fatale reconnue par Blume
L’aveu le plus retentissant concerne le Macan thermique, best-seller de la marque. Le dirigeant admet que discontinuer la version à combustion était une faute stratégique. Arrêté en Europe en 2024 pour non-conformité à la norme GSR 2.0, le Macan essence manque cruellement face à un électrique qui peine à convaincre. Les ventes globales du modèle ont chuté de 5%, avec seulement 18 278 Macan électriques livrés contre 64 517 versions thermiques.
Porsche reconnaît avoir manqué de flexibilité en ne proposant pas systématiquement des alternatives hybrides ou essence pour chaque modèle. Un nouveau SUV compact thermique est désormais prévu d’ici 2028, probablement basé sur l’Audi Q5, mais cette réaction tardive illustre le virage manqué.
Michael Leiters, l’homme de la reconquête
L’ancien patron de McLaren et ingénieur Ferrari prend les commandes d’une Porsche en pleine tempête. Ce retour aux sources pour Leiters, qui a débuté sa carrière chez Porsche pendant 13 ans, symbolise un nouveau départ. Sa mission : redresser une marque qui a vu son action diviser par deux depuis 2022.
La Chine, talon d’Achille de Stuttgart
Le marché chinois représente le véritable enjeu. Porsche est passé de 100 000 à 40 000 ventes annuelles en un temps record. Face à ce krach, Blume mise sur une hypothèse audacieuse : les autorités chinoises maintiendraient un marché thermique pendant encore 10 à 15 ans. Un pari risqué alors que la concurrence électrique locale écrase les marques premium européennes.
Virage stratégique : Porsche maintient le thermique
Terminé l’objectif de 80% d’électrique d’ici 2030. Porsche confirme que les motorisations essence et hybrides resteront disponibles bien au-delà de 2035. Les futures 718 Boxster et Cayman électriques seront même modifiées pour accueillir des moteurs thermiques. Une rétropédalage qui témoigne du décalage entre ambitions écologiques et réalité du marché.




