Le Losange tourne les pages de son histoire. Renault, fleuron de l’industrie automobile française, va assembler jusqu’à 600 drones militaires par mois dans son usine du Mans. Baptisé « Chorus », ce programme de défense marque un virage inédit pour le constructeur.
Quand l’automobile se met au service de l’armement
L’annonce a fait l’effet d’une bombe dans le secteur. Renault s’associe à Turgis & Gaillard, spécialiste français de la défense, pour produire des munitions téléopérées à longue portée. Ces drones, comparables aux Shahed iraniens utilisés en Ukraine, peuvent atteindre 400 km/h et voler jusqu’à 5 000 mètres d’altitude. Avec 10 mètres d’envergure, Chorus est polyvalent : frappe de précision, reconnaissance, observation.
Le contrat, supervisé par la Direction générale de l’armement (DGA), pourrait représenter environ 1 milliard d’euros sur dix ans. Objectif affiché : rattraper le retard français. La France n’a produit que quelques centaines de drones en 2025, quand d’autres nations en fabriquent des centaines de milliers annuellement.
Le savoir-faire automobile au cœur du projet
Pourquoi Renault ? Parce que l’industrialisation de masse, c’est son ADN. « Concevoir, produire en grande série des objets hautement technologiques tout en maîtrisant coûts et délais » : voilà ce que recherchait la DGA. Le site du Mans assemblera la structure des drones dès le printemps 2026, sans les charges militaires qui seront ajoutées ultérieurement.
Une soixantaine de salariés volontaires seront affectés à cette activité dans un premier temps. Montée en cadence progressive : une dizaine de prototypes d’ici l’été 2026 pour validation, puis production industrielle si les essais s’avèrent concluants.
Entre opportunité industrielle et questions éthiques
Pour Renault, Chorus représente une diversification stratégique sans abandonner l’automobile. Le constructeur insiste : il ne cherche pas à devenir un acteur majeur de la défense. Simplement à apporter son expertise manufacturière face à un besoin urgent de l’État.
Mais la dimension morale interroge. Les syndicats ont exigé que seuls des volontaires participent au projet. La CFDT a obtenu des garanties sur le respect des règles éthiques et la mise en place de formations certifiantes. Chacun reste libre de refuser cette mission.
Un précédent historique troublant
L’Histoire se répète. Comme lors des deux guerres mondiales, l’industrie automobile française bascule vers l’effort de défense nationale. Une réalité qui pose question à l’heure où la guerre revient aux portes de l’Europe.
Le réveil tardif de la France dans la guerre des drones
Emmanuel Macron l’a reconnu lors de ses vœux aux armées : « Nous devons aller plus vite. » Les Ukrainiens ont innové, d’autres partenaires ont été « plus rapides que nous ». Le projet Chorus incarne cette volonté de rattrapage express.




