Aux portes de Reims, un miracle est en train de se produire. Le circuit de Gueux, temple oublié de la Formule 1, renaît de ses cendres. 42 000 euros récoltés en quelques mois. Des milliers de petits dons. Une mobilisation nationale. Mais derrière les chiffres, c’est toute une passion qui ressuscite.
Quand la légende argentine faisait vibrer la Champagne
1926-1972 : près d’un demi-siècle de gloire. Ce tracé triangulaire de 8 kilomètres a accueilli 14 Grands Prix de France. Juan Manuel Fangio y a signé sa première victoire en F1 en 1950, inaugurant la tradition du champagne sur le podium. Jean Behra y a fait triompher Gordini. Mike Hawthorn y a refusé de doubler Fangio par pur respect. « On ne prend pas un tour à cet homme-là », dira-t-il.
Le dernier circuit routier d’Europe encore debout
Unique en son genre. Les autres ont été rasés, reconvertis, oubliés. Reims-Gueux reste le seul vestige européen de ces circuits tracés sur routes nationales. Inscrit aux Monuments Historiques en 2009, il faillit pourtant disparaître au début des années 2000. Les bulldozers étaient là, prêts à tout raser.
Une Tour des restaurants à ressusciter avant le centenaire
La cagnotte lancée en novembre 2025 a atteint 42 000 euros sur les 45 000 nécessaires. L’objectif ? Restaurer la tour des restaurants, trois étages de béton au cœur des stands qui accueillaient jadis 300 convives. Fenêtres arrachées, poutres oxydées, béton rongé par l’humidité : les travaux commenceront au printemps 2026.

Des petites rivières qui font les grands fleuves
Fabrice Gomes, président des Passionnés du circuit de la Marne, ne cache pas son émotion. « On a des donateurs de cinq ou dix euros, mais ce sont ces petites rivières qui forment les grands fleuves. » Une entreprise rémoise, AMV Métallerie, réalisera gratuitement les menuiseries métalliques, fidèles à l’époque.
Septembre 2026 : rendez-vous avec l’histoire
Un centenaire se prépare. Chaque vendredi et dimanche, 15 à 20 bénévoles restaurent patiemment ce patrimoine. Le circuit est accessible gratuitement au public, attirant passionnés et collectionneurs. Les 12 Heures de Reims, surnommées « le petit Le Mans », pourraient-elles revivre symboliquement ?
La course contre le temps est lancée. Donner 5 euros pour sauver un morceau de légende : voilà ce qui anime des milliers de Français. Parce que Reims-Gueux n’est pas qu’un circuit. C’est une mémoire collective, un témoignage vivant des années où la F1 se courait encore sur les routes de campagne.




