L’Assemblée Générale de la FIA réunie à Tachkent, en Ouzbékistan, a reconduit Mohammed Ben Sulayem pour un second mandat de quatre ans. Seul candidat en lice, l’Émirati de 64 ans succède… à lui-même. Cette réélection sans opposition marque un tournant inédit pour l’instance dirigeante du sport automobile mondial. Mais derrière ce plébiscite apparent se cache une réalité bien plus complexe.
Un redressement financier spectaculaire qui masque les tensions
Les chiffres parlent d’eux-mêmes. En 2021, la FIA affichait un déficit de 24 millions d’euros. Trois ans plus tard, l’organisation enregistre un bénéfice de 4,7 millions d’euros, son meilleur résultat depuis près d’une décennie. Les projections pour 2025 confirment cette tendance avec un résultat attendu autour de 4,4 millions d’euros.
Ce redressement permet aujourd’hui d’augmenter les investissements structurels : soutien renforcé aux clubs membres, programmes internationaux élargis, développement régional intensifié. Sur le papier, la transformation financière est indéniable.
Quand l’argent ne suffit pas à faire oublier
Mais ce bilan comptable exemplaire ne peut effacer les nombreuses polémiques. Le premier mandat de Ben Sulayem a été marqué par une vague de départs au sein de la FIA, des tensions répétées avec les pilotes de F1 et de rallye, et des accusations d’ingérence dans la gestion des Grands Prix. En avril dernier, Robert Reid, vice-président chargé du sport et proche allié du président, a démissionné en dénonçant publiquement un manque de transparence.
Une élection démocratique ? Le procès qui dérange
Le plus explosif reste à venir. Un procès s’ouvrira le 16 février 2026 devant le tribunal judiciaire de Paris pour examiner le processus électoral lui-même. La pilote suisse Laura Villars, empêchée de se présenter contre Ben Sulayem, conteste des règles qu’elle juge antidémocratiques.
Le règlement impose aux candidats de constituer une liste de sept vice-présidents représentant les différents continents. Problème : une seule personnalité sud-américaine éligible existait, et celle-ci a rejoint l’équipe de Ben Sulayem. Résultat : aucune candidature alternative n’a pu voir le jour.
L’illusion démocratique selon ses opposants
Tim Mayer, ex-commissaire de course F1 et candidat potentiel, a qualifié ce système d’imposture. Pour lui et Laura Villars, le processus constitue une « illusion de démocratie » où le choix a été remplacé par le contrôle. La FIA se défend en affirmant avoir strictement respecté ses statuts et organisé un vote robuste et transparent.
2026-2029 : un mandat sous surveillance judiciaire
Mohammed Ben Sulayem dirigera donc la FIA jusqu’à fin 2029, mais cette légitimité reste fragile. L’issue du procès parisien pourrait théoriquement remettre en cause cette élection. En attendant, l’Émirati promet de poursuivre sa mission : moderniser l’instance, renforcer la transparence, servir le sport automobile mondial.
Les quatre prochaines années seront décisives. Entre redressement financier assumé et critiques sur la gouvernance, le président réélu devra prouver qu’il peut réconcilier l’organisation avec ceux qui l’accusent d’autocratie. Le monde du sport automobile observe. Et attend des réponses concrètes.




