C’était la mesure phare du Pacte vert européen. Elle vient de voler en éclats. Le 16 décembre 2025, Bruxelles a officialisé l’abandon de l’interdiction totale des véhicules thermiques et hybrides pour 2035. Un revirement qui bouleverse la donne pour toute l’industrie automobile.
La pression était insoutenable. Face aux difficultés massives de l’industrie automobile européenne, la Commission européenne renonce à l’objectif du 100 % électrique pour 2035. Une décision qualifiée d’« approche pragmatique » par Stéphane Séjourné, commissaire européen chargé de la stratégie industrielle. Traduction : Bruxelles capitule devant la réalité du marché.
90 % de réduction, pas 100 % d’interdiction
Fini l’interdiction pure et dure. Désormais, les constructeurs devront atteindre un objectif de réduction de 90 % des émissions à l’échappement pour leurs véhicules neufs vendus après 2035. Les 10 % restants ? Ils pourront être compensés par l’utilisation d’acier bas carbone européen, d’e-fuels ou de biocarburants avancés.
Concrètement, cela signifie que les hybrides rechargeables, les prolongateurs d’autonomie et même certains thermiques légers pourront continuer d’exister. Une porte de sortie inespérée pour les constructeurs européens qui peinaient à suivre le rythme imposé.
L’Allemagne, l’Italie et la Pologne ont gagné
L’Allemagne s’est imposée comme la locomotive du groupe de pression, rapidement rejointe par l’Italie et la Pologne. En face, la France et l’Espagne militaient pour un maintien du cap 100 % électrique, craignant une dévalorisation des investissements déjà consentis dans la filière. Résultat : Berlin l’emporte. Volkswagen, Mercedes et BMW peuvent souffler.
1,5 milliard d’euros pour sauver les batteries européennes
Le recul sur 2035 s’accompagne d’un plan de soutien massif. Bruxelles va accorder 1,5 milliard d’euros de prêts à taux zéro à la filière européenne des batteries, un secteur stratégique massacré par la concurrence chinoise. C’est le programme « Battery Booster », censé renforcer l’autonomie industrielle du continent.
Autre volet : les petites voitures électriques. Une nouvelle sous-catégorie réglementaire sera créée pour les véhicules de moins de 4,2 mètres produits en Europe, avec des « super crédits » pour les constructeurs. L’objectif ? Contrer l’offensive chinoise sur le segment des citadines abordables. Enfin, la Commission impose le « verdissement » des flottes d’entreprises, avec des objectifs chiffrés par pays pour accélérer l’adoption de véhicules à émissions nulles ou faibles.
Des normes 2030 également assouplies
L’allègement ne concerne pas que 2035. Les normes CO2 pour 2030 sont également revues, avec un système de report de crédits permettant de lisser les efforts jusqu’en 2032. Pour les utilitaires légers, l’objectif passe de 50 % à 40 % de réduction. Un aveu d’échec à peine déguisé.
Un soulagement… ou un renoncement ?
Pour le secteur automobile européen, qui emploie près de 13 millions de personnes et représente 7 % du PIB de l’Union, cette flexibilité est perçue comme vitale. Les pertes d’emplois se multiplient, les ventes d’électriques stagnent, la Chine dévore des parts de marché. Dans ce contexte, Bruxelles avait-elle vraiment le choix ?




